Notre Dame du Brasier

Autocollant Géant Gargouille Notre Dame Paris

 

Notre Dame en flammes.

Une terrible catastrophe pour le patrimoine mondial.

Sans victimes, que Dieu soit donc loué.

Mais les bâtiments se réparent, le génie de l’homme marquera le pas, et le résultat sera une prouesse de plus à verser à l’archéologie des grandes œuvres de l’Homme. Les tours américaines se sont bien redressées. La reconstruction est affaire d’espoir comme la destruction est affaire de désespoir.

Notre Président temporaire a promis cinq ans. Cela me paraît peu, mais peut-être donnera-t-il personnellement du clou et du marteau sur le bois de cette croix à porter ? Il sait faire.

Ceci dit, je m’interroge. L’argent à cette heure, moins de quarante-huit heures après le drame, afflue de toutes parts. Sauf de Rome peut-être… Vous me direz, Rome n’est pas responsable, elle n’est même pas propriétaire. Peut-être a-t-elle par ailleurs d’autres frais en cours, de justice par exemple ? A ce sujet, d’aucuns parleront de flammes purificatrices répandues à l’approche des Pâques sur l’un des symboles les plus forts de la Chrétienté. Biblique. Ma foi… C’est eux qui voient. Bref, les euros dégringolent par centaines de millions de partout. Ce n’est qu’un début, continuons le combat, même si ce n’est pas celui des barricades de Monsieur Hugo. A ce propos il y en a un de combat, qui, récemment, a fait couler beaucoup de jaune dans nos rues. On aurait pu y voir un embrasement coloré pareil à celui qui vient mettre à genoux cette pauvre cathédrale, sauf qu’ici, point de grosses fortunes ni de fonds du cœur en secours pour éteindre le feu encore moins pour réparer ses dégâts sociaux.

Cinq années à faire renaître cette éblouissante architecture. C’est long, Paris sera défiguré pendant ce temps. Mais c’est court aussi, au regard du temps passé depuis la publication de Notre Dame de Paris qui nous donnait brillamment à lire le sort des infortunés de son temps, un temps qui finalement n’est pas si éloigné du nôtre.

*

© JPT

Illustration empruntée à la toile :
https://lezebre.lu
Publicités

Pierres de Lune

 

La Lune. Mer de la Tranquilité. Estuaire. Il y a longtemps.

Avant que ne règnent les couleurs, il était une planète peuplée de Pierrots. Ils tenaient leur nom des pierres dont la réputation était d’inspirer les poètes.

A présent, la planète est morte, les Pierrots ont disparu, même des livres d’enfants.

*

© JPT
Illustration : Jean-Pierre Tondini

Green Book : sur les routes du sud.

Résultat de recherche d'images pour "green book"

 

Lui c’est Tony, Tony Vallelonga, italo-américain, natif du Bronx, videur de son métier, père de famille. Un rugueux.

L’autre, c’est Don Shelley, Dr Don Shelley, pianiste virtuose, très apprécié de l’Establishment new-yorkais ; il décide d’une tournée dans le sud des Etats-Unis, là où s’affirment encore les fondamentaux de la suprématie blanche sur la population noire.

Nous sommes en 1962, et les droits civiques commencent juste à frémir dans cette partie du monde, on peut donc imaginer que cette tournée est une gageure.

Shelley qui a besoin d’un chauffeur pour cette tournée, engage Tony.

Les deux hommes sont alors réunis dans l’espace clos de l’automobile, utile aux confidences.

Le décor planté s’exprime entre raffinement et rugosité. Au fil des miles parcourus, Green Book en main, ce manuel indiquant les hôtels et motels où les Noirs peuvent se loger, les sentiments des deux hommes vont se mettre à jour, animés par les situations révoltantes que le voyage va imposer. Ils vont apprendre, chacun par son éducation, à prendre soin l’un de l’autre.

C’est une histoire vraie que nous raconte Peter Farrely, servie par Viggo Mortensen et Mahershala Ali.

Je n’ai vu cette petite merveille, oscarisée depuis, que hier soir, car je tenais à la VOST.

En compagnie de la femme que j’aime, épaule contre épaule, les minutes s’oubliant devant l’écran contrasté par le noir et le blanc des visages, nous avons senti la puissance résidente de notre humanité que l’intolérance et le mépris tentent jour après jour d’éloigner.

Au terme de la projection, sur ces mêmes épaules, dix années nous avaient quittés. Vingt ans à nous deux, à notre âge ce n’est pas rien. Peut-être même aurions-nous pu flotter sur le chemin du retour.

Si vous n’avez pas encore vu ce road-movie libérateur, installez-vous à bord de votre automobile, posez sur le tableau de bord un objet fétiche pour emporter le bonheur avec vous, démarrez en embarquant Chuck Berry, rendez vous au cinéma et voyez ce petit joyau.

Vous ne serez pas déçu du voyage.

*

© JPT
Illustration empruntée à la toile :
https://mic.com

Haute couture

Résultat de recherche d'images pour "karl lagerfeld dessin noir et blanc"

 

Il n’y a couture qui, avec le temps

Ne se découd

 

La vôtre, Monsieur Lagerfeld

Avait atteint belle hauteur

Celle que l’on reconnaît aux marquis

N’en déplaise aux anges ce matin

 

Merci d’avoir touché de vos doigts précieux

Celles et ceux qui ont aimé l’art et le vôtre

Vous ont aimé

 

De ce peuple ému, je fais partie

*

© JPT
Illustration empruntée à la toile
http://www.dessinscoloriages.com

El Angel de la Muerte

Résultat de recherche d'images pour "l'ange luis ortega"

 

Décidément, le cinéma argentin n’en finit pas de m’éblouir.

Le dernier film de Luis Ortega « L’ Ange » ne faillit pas. Il s’intéresse ici à Carlos Edouardo Robledo Puch, surnommé en Argentine « El Angel de la Muerte ». Nous sommes au début des 70′ , à Buenos Aires, Carlos n’a pas vingt ans qu’il totalise déjà 11 meurtres et quelques délits majeurs qui le feront condamner à perpétuité en 1980.

Luis Ortega met en scène le jeune assassin dans toute sa complexité, se tenant bien à l’écart des films de genre. Très vite, je constate combien le jeune homme est hors les règles de son temps et que l’unique postulat qui règne sur sa vie est la liberté absolue. Liberté de se mouvoir où il veut, quand il veut, de voler ou de tuer sans arrière-pensée comme si cette dernière sauvagerie était une nature seconde parfaitement assumée. Ni haine, ni violence préméditée, aucune culpabilité. Glaçant et embrasant à la fois.

Un sans-faute pour le réalisateur argentin et pour son comédien, le talentueux Lorenzo Ferro qui me donne à frissonner tant il est habité par ce visage où domine l’enfance, aux traits assortis d’un regard angélique, souvent hébété, posé sur les conséquences de ses actes. La mise en scène est impeccable, les personnages sont parfaitement écrits et dirigés, la violence, visuellement peu appuyée, donne de la force au propos surligné par l’inventivité de certaines scènes. L’ensemble est soutenu par une excellente bande sonore, une surenchère à mon plaisir.

Merci Senor Ortega. Je ne vous lâche pas d’un pas.

*

© JPT
Photo de Carlos Edouardo Robledo Puch, empruntée à la toile
https://aminoapps.com

L’éternelle monotonie de la passion

Mme Bovary

 

« Il s’était tant de fois entendu dire ces choses, qu’elles n’avaient pour lui rien d’original. Emma ressemblait à toutes les maîtresses ; et le charme de la nouveauté, peu à peu tombant comme un vêtement, laissait voir à nu l’éternelle monotonie de la passion, qui a toujours les mêmes formes et le même langage. Il ne distinguait pas, cet homme si plein de pratique, la dissemblance des sentiments sous la parité des expressions. Parce que des lèvres libertines ou vénales lui avaient murmuré des phrases pareilles, il ne croyait que faiblement à la candeur de celles-là ; on en devait rabattre, pensait-il, les discours exagérés cachant les affections médiocres ; comme si la plénitude de l’âme ne débordait pas quelquefois par les métaphores les plus vides, puisque personne, jamais, ne peut donner l’exacte mesure de ses besoins, ni de ses conceptions, ni de ses douleurs, et que la parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles. »

¹ Rodolphe Boulanger, amant d’Emma Bovary (note JPT)

*

JPT
Extrait de « Madame Bovary » (Gustave Flaubert)
Illustration empruntée à la toile

Portée sur l’asphalte

Résultat de recherche d'images pour "portées de musique"

 

Sur la gamme double de l’asphalte glissent les automobiles

Comme autant de notes musicales

Leur mouvement de gauche et de droite

Crée deux partitions inégales qui jamais ne se rencontrent

Une pièce infatigablement jouée

Chaque heure passée en récrit le livret

Un homme, perché à la fenêtre d’un immeuble regarde l’autoroute

 Il dirige l’orchestre

Ses musiciens sont prisonniers des notes qui roulent

Le public n’a pas été convié

L’homme aime cet endroit et il en est effrayé

Il y voit notre civilisation dans sa vaine symphonie

*

© JPT
illustration empruntée à la toile
https://fr.123rf.com/photo_27538621_notes-de-musique-sur-des-port%C3%A9es.html